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COMPLIANCE/CONFORMITÉ






                         LE SORT DE LA RELATION D’AFFAIRES


                       APRÈS UNE DÉCLARATION DE SOUPÇON





                     MAMADOU DIALLO

                     DOCTEUR EN DROIT, CONSULTANT EN SÉCURITÉ FINANCIÈRE




         L
                a  lutte  contre  le  blanchi- les  parties  et  ce,  nonobstant  Même si la cessation de la relation
                ment  de  capitaux  et  le  l’existence  d’une  déclaration  de  d’affaires  obéit  au  régime  de  la
                               du
                                     terro- soupçon.  L’enjeu  est  pour  l’éta- rupture  de  droit  commun  propre
                financement
         risme  (LCB-FT)  requiert  des  éta- blissement financier, dans ce cas  aux contrats bancaires (A), elle se
         blissements financiers, en cas de  de  figure,  de  trancher  sans  se  heurte  néanmoins  au  dispositif
         soupçon sur la licéité des opéra- faire  sanctionner  par  le  régula- relatif au droit au compte (B).
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         tions ou lorsque l’identification   teur  puisque, de toute manière,
         des  parties  prenantes  à  l’opéra- toute  poursuite  du  lien  contrac-  A. Le cadre général : la rup-
         tion  n’est  pas  satisfaisante  et  tuel  peut, dans certains cas, don-  ture de droit commun
         dans  bien  d’autres  cas ,  à  effec- ner  lieu  à  des  sanctions .  À
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         tuer une déclaration de soupçon  l’inverse, la rupture de la relation  L’émission  d’une  déclaration  de
         (DS).  Il  s’agit  d’une  obligation  nonobstant  l’émission  d’une  dé- soupçon  entraîne  en  règle  géné-
         règlementaire  strictement  enca- claration  de  soupçon  peut  con- rale la rupture pure et simple de la
         drée   qui  commande  à  l’établis- duire  vers  le  prononcé  de  sanc- relation  d’affaires.  Il  s’agit  d’une
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         sement financier concerné, sans  tions. Dans le silence des textes, il  «  obligation  légale  » ,  même  si  la
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         en faire une obligation systéma- apparaît  nécessaire  tout  à  la  fois  décision de rompre ou non  la  re-
         tique ,  la  rupture  de  la  relation  pour les établissements financiers  lation  d’affaires,  après  avoir  ef-
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         d’affaires  lorsqu’au  moins  l’une  que pour les clients de clarifier les  fectué  une  déclaration  de  soup-
         de  ces  conditions  précitées  fait  règles  qui  encadrent  la  situation  çon,  «  appartient  à  l’organisme
         défaut.  Cette  rupture  se  matéria- post déclarative dans un contexte  financier  et  relève  de  sa  seule
         lise  par  la  clôture  juridique  des  de  forte  hausse  des  déclarations  responsabilité ».   Le   fait   de
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         comptes   détenus  par  le  client  de  soupçon.  En  tout  état  de  mettre  un  terme  à  la  relation
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         ayant fait l’objet de la déclaration.  cause,  après  l’émission  d’une  d’affaires  n’est  pas  non  plus
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         Rappelons  néanmoins  que  si  la
         règle  en  la  matière  est  la  liberté    ture de la relation d’affaires doit  manquement  aux  dispositions
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         quant au choix à donner à l’issue   rester la règle (I) ; a contrario, sa  du  Code  monétaire  et  financier
         de la relation d’affaires, l’extrême   poursuite ne doit être envisagée  (CMF)  relatives  à  la  LCB-FT,  la
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         prudence  et  la  diligence  bancaire   que de manière résiduelle (II).
         poussent  certains  établissements                                    ment « de ne pas se rendre cou-
                                                                               pable  d’un  abus  de  droit,  ou  de
         de  crédit  à  rompre  systématique-  I.    La  cessation  de  la  rela-  ne  pas  procéder  à  une  clôture
         ment  le  lien  contractuel.  Toute-  tion  d’affaires  :  issue  lo- brutale  ».
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         fois, certains évènements peuvent
         retarder voire  carrément  ajourner   gique  de  la  déclaration  de  Par  ailleurs,  la  confidentialité
         la  cessation  de  la  relation  entre  soupçon                       entourant  la  déclaration  interdit



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                                                       N 27– Juillet 2019
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