Page 53 - revue_N27_juillet_2019
P. 53

à  l’établissement  financier  de  soupçon  est  envisageable.  Pour  voir  demander,  sur  injonction  de
         motiver  sa  décision   de  mettre  autant  elle  n’est  pas  sans  consé- la Banque de France « l’ouverture
                              12
         un terme à la relation d’affaires,  quence  pour  le  client  notamment  d’un compte pour ce même client
         au risque de transgresser l’obliga- sur la fiscalité et les intérêts affé- sans  pouvoir  y  opposer  son  re-
         tion  de  confidentialité   qui  en- rents à leur détention. Elle est sus- fus   ».  Le  risque  encouru  dans
                                13
                                                                                  24
         cadre la déclaration de soupçon.    ceptible  notamment  d’entraîner  ces  circonstances  tombait  sous
                                            une perte d’antériorité et par rico- le  coup  de  sanction  de  la  Com-
         Il  doit  cependant  observer  un   chet,  des  avantages   patrimo- mission  bancaire,    organe  collé-
                                                                  19
         délai de prévenance  qui en pra-   niaux  qui  en  résultent.  De  toute  gial dirigé par le gouverneur de la
                             14
         tique  est  de  deux  mois  sauf  s’il   évidence, le banquier déclarant de  Banque de France. Depuis la trans-
         existe  des  circonstances   obli-  bonne foi est couvert par une im- position  de  3e  directive  anti-
                                   15
         geant l’établissement financier à   munité de poursuites contre toute  blanchiment  par  l’ordonnance  du
         y  déroger.  Dans  ces  conditions,   action  en  responsabilité  qui  éma- 30  janvier  2009,  le  législateur  a
         les juges considèrent que l’inob-  nerait  de  son  client  et  qui  porte- pris le soin de concilier le droit au
         servation par la banque d’un dé-   rait sur les conséquences de cette  compte  à  la  clôture  de  compte
         lai  de  préavis  n’est  pas  illégi-  déclaration.                   suite à une déclaration de soup-
         time .  La  rupture  de  la  relation                                 çon. C’est l’article L561-22, V du
             16
         d’affaires  peut  être  envisagée                                     CMF  qui  apporte  une  exonéra-
         aussi  bien  lorsque  le  client  est   B. La  cessation  de  la  relation   tion  de  responsabilité  à  l’égard
         une personne physique que mo-      d’affaires  et  le  droit  au      de  l’établissement  financier  au-
         rale.   Dans   le   même    ordre  compte : une rupture déroga-       teur  d’une  ouverture  de  compte
         d’idées,  la  cessation  de  la  rela- toire                          pour  le  compte  d’une  personne
         tion  d’affaires  pourrait  égale-  Au chevet  du  régime général de  bénéficiant de ce dispositif.
         ment  être  envisagée  même  lors-  la  cessation  post-déclarative,  se
         que  le  client  à  un  statut  mixte,   trouve  le  dispositif  relatif  au   Même si cette protection est à sa-
         c’est-à-dire  lorsqu’il  détient  un   droit  au  compte  (DAC)   qui,  en   luer,  il  reste  qu’elle  n’offre  pas
                                                                    20
         compte personnel et profession-    raison  de  son  caractère  déroga-  une  protection  suffisante  à  l’éta-
         nel  ou  encore  lorsqu’il  s’agit   toire ,  interroge  sur  les  condi-  blissement   financier   puisque
                                                 21
         d’un  compte  personnel  auquel    tions et modalités de rupture de   l’exonération de responsabilité ne
         est  assorti  un  compte  joint.   la  relation  d’affaires.  Rappelons   concerne  pas  les  cas  de  finance-
         Dans  tous  les  cas,  rien  ne  s’op-  que même si la relation bancaire   ment  du  terrorisme.  Concrète-
         pose à ce que la banque clôture    repose sur de l’intuitu personae,   ment, si l’on s’en tient au raison-
         l’ensemble   des  comptes  du      un  établissement  financier  peut   nement du régulateur, un établis-
         client puisque, de toute manière,   se voir imposer au nom du droit   sement  financier,  qui  soupçonne
         les  textes   font  référence  à  la   à  toute  personne  de  disposer   un  individu  de  financer  le  terro-
                   17
                             18
         « relation d’affaires  ».                                             risme et qui procède à une décla-
                                            d’un  compte,  l’ouverture  d’un
         L’existence  d’un  prêt  n’est  pas  compte  bancaire.  À  l’inverse,  il   ration de soupçon, à la clôture de
         non  plus  dans  l’absolu  un  obs- est  interdit  sous  peine  de  sanc-  ce  compte,  peut,  en  tout  cas  en
         tacle à la cessation de la relation  tions d’ouvrir un compte et d’en-  théorie, se faire enjoindre d’ouvrir
         d’affaires  dès  lors  que  le  ban- tretenir  une  relation  d’affaires   de  nouveau  un  compte  pour  ce
         quier  peut,  de  son  propre  chef,  avec  toute  personne  suspectée   client  et  courir  le  risque  de  se
         procéder  à  la  clôture  de  l’en- d’avoir  blanchi  de  l’argent  et/ou   faire  sanctionner  pour  le  chef  de
         semble des comptes du client et  de financer le terrorisme.           participation  à  une  opération  de
         ne  conserver  que  le  rembourse-  Ainsi,  sous  l’empire  de  l’an-  financement du terrorisme.
         ment des échéances.  Il  demeure   cienne  législation ,  l’établisse- Par  ailleurs,  rappelons  égale-
                                                               22
         néanmoins, dans ces conditions,    ment  financier  pouvait  se  re- ment que si le compte est ouvert
         problématique  de  poursuivre,     trouver  dans  cette  «  situation  suite  à  une  intervention  de  la
         même  de  façon  résiduelle,  une   ubuesque  ». Pour cause, en cas  Banque de France, il ne peut être
                                                      23
         relation d’affaires en dépit de la   de  suspicion  de  blanchiment,  il  clos  à  l’initiative  de  l’établisse-
         perte de confiance.
                                            devait  effectuer  une  déclaration  ment  de  crédit  qu’à  la  suite
         Dans  le  même  ordre  d’idées,  la  de  soupçon  et  procédait  à  la  clô- d’une notification écrite et moti-
         clôture des livrets d’épargne con- ture  du  compte  du  client.  Ce  vée  adressée  à  la  Banque  de
         sécutivement à une déclaration de  même  établissement  pouvait  se  France.  Dans  ce  cas,  l’article



                                                                                                            53
                                                      N 27– Juillet 2019
                                                       °
   48   49   50   51   52   53   54   55   56   57   58